vendredi 19 septembre 2008

Jacques Villeglé : la comédie urbaine d'un arracheur d'affiches


La Femme, 1966, rues Desprez et Vercingétorix, Paris
Museum Ludwig, Cologne, Allemagne
, ©Jacques Villeglé

A l’occasion de sa première rétrospective parisienne, Jacques (Mahé de La) Villeglé revient sur près de soixante années de sa production. Cet éternel flâneur, arracheur d’affiches lacérées par des mains anonymes, présente au Centre Pompidou sa tentative de classification de plus de 4000 œuvres selon des critères formels ou thématiques et depuis les années 90, en fonction des lieux géographiques. Depuis sa première création en 1949, jusqu'à aujourd'hui, Jacques Villeglé n'a jamais changé de matériau, n'y eut de cesse de remettre en question sa pratique.

La création en Aquitaine, d’un atelier itinérant, et le développement, dès 1969, parallèlement au rapt des affiches lacérées, d’un Alphabet socio-politique, issu de graffitis trouvés sur les murs (comme le A encerclé d’anarchiste par exemple), constituent autant de nouvelles clefs de lecture de son œuvre que les historiens de l'art ont trop souvent cantonnée aux mouvements qu’il a traversé : le Nouveau Réalisme, le Lettrisme ou l’Internationale Situationniste.

"J'ai fait le pari que l'affiche serait toujours en évolution, la société l'était et l'affiche représentait la société. […] Les affiches lacérées racontent des histoires. Elles sont le contraire de quelque chose d'indifférent."
Libération, 23 et 24 août 2008, entretien avec Henri-François Debailleux


Des films expérimentaux sont également intégrés au parcours de l’exposition. On y découvre notamment les bandes-sons de Pierre Schaeffer, Pierre Henry, véritables équivalences sonores de son travail plastique. Cet intérêt pour la musique se retrouve dans une série récente d’affiches sur le thème des musiques amplifiées. Un catalogue est publié aux éditions du Centre.


Rétrospective du 17 septembre au 5 janvier 2009
Evénement à ne pas manquer :
La production d'un flâneur
entretien de Jacques Villeglé
avec Sophie Duplaix, commissaire de l’exposition
Centre Pompidou
, mercredi 24 septembre, 19h30, petite salle
entrée libre dans la mesure des places disponibles

renseignements : Christine Bolron 01 44 78 46 52


mercredi 3 septembre 2008

Prisunic et le design



Le VIA dévoile une soixantaine de pièces de mobilier et d'objets domestiques, témoins de la politique volontaire de la marque Prisunic au tout début des années 70. Faire du beau avec du laid, cette formule un peu lapidaire résume l'esthétique Prisu : mettre un design simple et exigeant à la portée de tous et de toutes les bourses. C'est à Denise Fayolle, directrice du style du magasin entre 1953 et 1967 qu'on la doit. La marque par son entremise apportera son soutien à la création contemporaine en faisant appel à de jeunes designers français et étrangers : Andrée Putman qui deviendra la grande prêtresse du style Prisu, Marc Held, Gae Aulenti, Terence Conran, Jean-Pierre Garrault, … associé à un mode de distribution innovant pour l’époque dans le domaine de l’ameublement : la vente par correspondance. En 1967, Francis Bruguières succédera tout aussi brillamment à Denise Fayolle.

« Du produit à l’objet, il y a la distance de l’usine au magasin.
Du culte de l’objet à l’objet culte, il y a la distance du magasin au musée. »

Françoise Jollant-Kneebone dans « Design carrefour des arts », Flammarion, 2003




© studio Prisunic

De l'intérêt graphique de la mise en forme des catalogues publicitaires : quelques petits "incunables" sont à (re)découvrir - au delà de l'anecdotique de notre adolescence - car Prisunic aura été doublement précurseur : la vente par correspondance lui permettant notamment de pallier au manque d'espace dans ses magasins.


© studio Prisunic

Le trio créatif formé par Francis Bruguières, Michel Cultru et Yves Cambier, après avoir quitté l'enseigne, implantera Habitat en France dès 1973. Comme quoi, rien n'arrive jamais par hasard !



Galerie VIA
Valorisation de l'Innovation
dans l'Ameublement
29-35, avenue Daumesnil Paris XIIe
33(0)1 46 28 11 11

exposition du 5.09 au 30.10. 2008
un catalogue est publié aux éditions Alternatives

mercredi 23 juillet 2008

Les illuminations de Saul Steinberg


©The Saul Steinberg Foundation, New York

Pendant 60 ans, Saul Steinberg (1914-1999), artiste américain d'origine roumaine, a illustré avec brio les pages et couvertures du New Yorker. Pour décrire sa vocation et l'univers qu'il transposait sur le papier, Steinberg aimait à dire : "Je suis un écrivain qui dessine. Plus qu'un peintre peignant, je me sens chef d'orchestre." En plus de son travail de dessinateur (l'un des premier illustrateur à exposer son art aux cimaises des galeries), il est également caricaturiste, illustrateur, graphiste, dessinateur de mode et de publicité, scénographe, créateur infatigable de livres d'images…


Pineapple, c.1970 - crayon et crayon de couleur, collage, aquarelle, encre, tampons sur papier lithographique ©The Saul Steinberg Foundation, New York

La Fondation Henri Cartier-Bresson lui consacre une rétrospective majeure de son travail, première étape d'une tournée européenne. Sont dévoilés pour la première fois tous les éléments de sa carrière - de ses dessins méconnus des années 1930 aux créations des dix dernières années de sa vie. Son trait est élégant, incisif et inventif ; son esprit inclassable - entre humour, caricature et "regard politique" (cité par Cabu dans la vidéo documentaire projetée.)


Broadway, 1986 - encre crayon et collage sur papier
©The Saul Steinberg Foundation, New York

Tout artiste à son "procédé" : non pas quelque artifice trivial dont il userait - l'ayant mis au point - pour imposer l'originalité de son art, mais une manière de marcher, d'avancer la main, le trait, pour transformer la matière qu'il se donne : une méthode gestuelle, en quelque sorte. Les "procédés" de Steinberg sont à la fois très riches et très ordonnés. Leur profusion relève de ce grand classement des formes du discours que la réthorique appelait des "figures". On trouve dans le travail de Steinberg des figures du signifiants (métaphores, métonymies, répétitions, accumulations, antithèses, énumérations) et des figures du sens (lapsus volontaires, autonymies, anamorphoses) ; à quoi il faut ajouter ce que nulle rhétorique n'a pu prévoir, ou du moins maîtriser : les figures propres à Steinberg lui-même, ses performances, ses prouesses : ce sont figures de reconnaissance : les formes répétées par lesquelles on reconnait Steingberg dans un simple trait (une façon d'appuyer, de lever, de guider la main); bref, là où Steinberg insiste. [cité par Roland Barthes, in Saul Steinberg, all except you, Repères, éditions d'art, Galerie Maeght, 1983]

L'expo se termine à la fin de cette semaine.
Courrez-y, c'est exceptionnel et ne manquez pas le documentaire du 3e étage. (Toutes mes excuses au réalisateur, mais je n'ai pas noté son nom…)



Woman in tub, 1949 - épreuve gélatino-argentique
©The Saul Steinberg Foundation, New York


jusqu'au 27 juillet
Fondation Henri Cartier-Bresson
2 impasse Lebouis 75014 Paris
+33 (0)1 56 80 27 00
Métro : Gaîté

6 euros - 3 euros
gratuit en nocturne le mercredi (18h30-20h30)
mardi à dimanche 13h-18h30
samedi 11h-18h45

mardi 22 juillet 2008

Mise en boîtes lumineuses


©Valentine Fournier, la plongée

Valentine Fournier est une collectionneuse d'instants photographiques qu'elle aime capturer et mettre en scène dans l'espace clos et théâtral de boîtes objets. A partir de vieilles photos des années 1930 à 50, collectionnées de façon obsessionnelle, elle redonne vie à des portaits d'inconnus, leur inventant une histoire et leur offrant un nouveau cadre de vie. Elle aime faire référence à Georges Perec dont elle apprécie "l'univers ludique, codé et symbolique"; son projet de fin d'étude d'architecture intérieur était une "mise en espace" de l'œuvre de l'écrivain.


©Valentine Fournier, sans surveillance

On pense aussi à Jacques Tati pour ses cadrages poétiques et l'humour ou la nostalgie qui se dégage de certaines pièces.



©Valentine Fournier, la natation


The best Of
Dorothy's gallery
27 rue Keller, Paris 11e

fermeture du 1er au 18 août
jusqu'au 21 septembre
mercredi à samedi 13h-20h
mardi et dimanche 16h-20h
Dorothy Pollet : dp@dorothysgallery.com

de 200 à 1000 euros pour les grandes boîtes lumineuses
d'autres artistes sont à découvrir dans la galerie.

vendredi 18 juillet 2008

Paris Quarez d'été

Alors que Paris revêt timidement ses habits d'été, les colonnes Morris arborent depuis plusieurs semaines les couleurs pêchues de Paris quartier d'été. Une création libre, efficace, poétique (la beauté des coulures de rouge…) de Michel Quarez. Il nous offre une grande fresque peinte, libre et hors des modes graphiques. Ou avec son annonceur, il nous convainc, si besoin était, que l'on peut communiquer à travers la beauté du geste, des couleurs et des formes dans la grande tradition française des peintres affichistes.


mercredi 16 juillet 2008

Marie Louise devient Back Cover


Marie Louise, revue créée en 2006 et entièrement consacrée au design graphique et à la typographie devient Back Cover, une tribune - je cite le dossier de presse, "pour des personnalités de tous pays qui font ou analysent l'univers visuel dans lequel nous vivons."
Voici donc une revue d'actualité semestrielle (français/anglais) qui proposera des réflexions, des analyses critiques et historiques, des expériences individuelles et collectives dans les domaines du design graphique, de la typographie, de l'illustration et plus largement des arts visuels. Tout ce qu'on aime !

Chaque numéro regroupera des contributions d'acteurs internationaux dans les domaines précités (graphistes, typographes, critiques et historiens de l'art, journalistes spécialisés...) sous différentes formes : interviews, journal de bord, textes théoriques, transcription de conférences...

À l'occasion du lancement, les Éditions B42 vous invitent à une rencontre avec les auteurs Pierre Leguillon et Raphaël Zarka

jeudi 17 juillet à partir de 19h30

à la galerie Castillo/Corrales
65, Rue Rébeval 75019 Paris
+33 (0)1 771 368 71
M° Belleville ou Pyrénées
http://www.castillocorrales.fr

BACK COVER
design graphique, typographie, etc. nº1, été 2008
Graphic design, typography, etc. issue 1, summer 2008
60 p, couleur et noir et blanc, 9,50€ (France)
Semestriel, Anglais/Français

Les Éditions B42 sont au 32 rue de Paradis, Paris 10e
http://www.editions-b42.com

mercredi 9 juillet 2008

Murs de Marrakech



Une ballade dans la ville rose, au hasard des ruelles serpentant la médina. Le soleil décline. Fin d'une journée harassante de chaleur. Découvrir un espace incertain, planté entre rien et nulle part au niveau des toits terrasses.



Au dessus de la ville. Loin du grouillement permanent.
L'appropriation ludique de murs délabrés.