mercredi 23 juillet 2008

Les illuminations de Saul Steinberg


©The Saul Steinberg Foundation, New York

Pendant 60 ans, Saul Steinberg (1914-1999), artiste américain d'origine roumaine, a illustré avec brio les pages et couvertures du New Yorker. Pour décrire sa vocation et l'univers qu'il transposait sur le papier, Steinberg aimait à dire : "Je suis un écrivain qui dessine. Plus qu'un peintre peignant, je me sens chef d'orchestre." En plus de son travail de dessinateur (l'un des premier illustrateur à exposer son art aux cimaises des galeries), il est également caricaturiste, illustrateur, graphiste, dessinateur de mode et de publicité, scénographe, créateur infatigable de livres d'images…


Pineapple, c.1970 - crayon et crayon de couleur, collage, aquarelle, encre, tampons sur papier lithographique ©The Saul Steinberg Foundation, New York

La Fondation Henri Cartier-Bresson lui consacre une rétrospective majeure de son travail, première étape d'une tournée européenne. Sont dévoilés pour la première fois tous les éléments de sa carrière - de ses dessins méconnus des années 1930 aux créations des dix dernières années de sa vie. Son trait est élégant, incisif et inventif ; son esprit inclassable - entre humour, caricature et "regard politique" (cité par Cabu dans la vidéo documentaire projetée.)


Broadway, 1986 - encre crayon et collage sur papier
©The Saul Steinberg Foundation, New York

Tout artiste à son "procédé" : non pas quelque artifice trivial dont il userait - l'ayant mis au point - pour imposer l'originalité de son art, mais une manière de marcher, d'avancer la main, le trait, pour transformer la matière qu'il se donne : une méthode gestuelle, en quelque sorte. Les "procédés" de Steinberg sont à la fois très riches et très ordonnés. Leur profusion relève de ce grand classement des formes du discours que la réthorique appelait des "figures". On trouve dans le travail de Steinberg des figures du signifiants (métaphores, métonymies, répétitions, accumulations, antithèses, énumérations) et des figures du sens (lapsus volontaires, autonymies, anamorphoses) ; à quoi il faut ajouter ce que nulle rhétorique n'a pu prévoir, ou du moins maîtriser : les figures propres à Steinberg lui-même, ses performances, ses prouesses : ce sont figures de reconnaissance : les formes répétées par lesquelles on reconnait Steingberg dans un simple trait (une façon d'appuyer, de lever, de guider la main); bref, là où Steinberg insiste. [cité par Roland Barthes, in Saul Steinberg, all except you, Repères, éditions d'art, Galerie Maeght, 1983]

L'expo se termine à la fin de cette semaine.
Courrez-y, c'est exceptionnel et ne manquez pas le documentaire du 3e étage. (Toutes mes excuses au réalisateur, mais je n'ai pas noté son nom…)



Woman in tub, 1949 - épreuve gélatino-argentique
©The Saul Steinberg Foundation, New York


jusqu'au 27 juillet
Fondation Henri Cartier-Bresson
2 impasse Lebouis 75014 Paris
+33 (0)1 56 80 27 00
Métro : Gaîté

6 euros - 3 euros
gratuit en nocturne le mercredi (18h30-20h30)
mardi à dimanche 13h-18h30
samedi 11h-18h45

1 commentaire:

flo a dit…

Bonjour,
des années que suis une admiratrice de Steinberg, et le plus formidable est que chaque fois je découvre de lui de nouveaux dessins (ici, la femme dans la baignoire!)
néanmoins plutôt furieuse de ne découvrir votre blog qu'aujourd'hui, j'ai raté l'expo ... vous parlez cependant d'une tournée européenne..